L'ESTHÉTIQUE DE LA MACHINE À CAFÉ
Par niek van de steeg, vendredi 12 septembre 2008 à 17:17 :: MMP :: #33 :: rss

Un tour guidé, par Lise Guéhenneux, de l’exposition à la Galerie SMP
Exposition qui a eu lieu du 9 mai au 18 juillet 2008
préfiguration des travaux de la PMMP :
la Petite Maison de la Marière première.

Carton d'invitation annoncant l'exposition qui a eu lieu du 9 mai au 18 juillet 2008,
à la galerie smp la préfiguration de la petite maison de la matière premièrela PMMP
Après la T.G.A.D. (Très Grande Administration Démocratique) qui était construite suivant un mode réflexif à partir des questions de démocratie, de consensus et d'universalité, Niek van de Steeg se penche aujourd'hui sur la question de la mondialisation et de la fin des matières premières qui formeraient une sorte de paysage qui, après le bing bang et la création de la vie à partir de la matière, verrait la fin de ce phénomène visualisé tel un « big crunch » en forme de flaque noire.

tableau noir de couleur café en cour d'évaporation
L'artiste s'empare d'une symbolique lourde, une chose très visible qui nous est distillée tous les jours par les médias jusqu'à la culpabilisation et que nous finissons par intégrer dans nos corps. Il travaille à partir d'un cliché qui serait la fin annoncée de certaines matières premières essentielles au bon fonctionnement de notre société.

Vue de l'expo avec au premier plan la machine à café
et quelques tableaux noirs de couleur au mur.
Que faire avec cela ?
Après la construction d'un décor pour un mur écran, une veduta sur le Rhône au centre d'art de Saint Fons à base d'images créées en exploitant la matière artificielle et chimique de la vanilline,

vue d'ensemble de l'installation, debut janvier 2007 au centre d'art de Saint Fons
Niek van de Steeg compose peu après une autre veduta exposée dans l'espace public, place des Terreaux à Lyon lors de la dernière Biennale de Lyon, inscrite dans le paysage, celui de la gare maritime de Perrache, un panorama constitué de différents matériaux issus d'une analyse du site, de son histoire et des signes visuels qui le constituent.

"Egarements" exposition de VEDUTA dans l'espace public, place des Terreaux à Lyon.
Cet objet est déjà aux dimensions d'un étage complet de la petite maison de la matière première dont le dessin présenté, telle une maquette sur un tableau noir à smp, comporte une façade prévue pour être composée de différents tableaux.

vue d'ensemble à smp des tableaux noir à la craie décrivant la petite maison de la matière premièrela PMMP
Au-delà de la structure porteuse, le mode de construction de la façade écran est lié à l'idéologie architecturale de la post-modernité qui mise tout sur la spectacularisation d'un décor de surface. Le travail se réduit donc ici pour la petite maison de la matière première à un affichage changeant, tel celui des images publicitaires qui défilent dans l'espace urbain au rythme des campagnes publicitaires. La mise en place des modules décoratifs de la façade en mouvement perpétuel de cet édifice fonctionne suivant l'organisation du travail, celui de quelques ouvriers qui composeraient la façade grâce à ces tableaux modules à l'aide d'un monte–charge, au rythme réglé par l'horaire du temps ouvrier.
Dans le fond de la galerie, une salle obscure réunit les portraits des chefs d'Etat les plus puissants d'est en ouest, d'ouest en est, accrochés autour d'un grand trou noir, celui d'une table noire dont le centre est conçu telle une grande corbeille à papiers destinée à engloutir tous les documents, toutes les traces.

dessins à la craie sur tableaux noir, 120x120cm, collection Michel Ogier.
Table Vortex où dit du Trou noir, plâtre peinture tableaux noir, Ø120 x 70cm.(œuvre détruite)
Cette partie de l'exposition est un peu la trame de cette histoire.
Ce qui se trame finalement derrière tout cela ?
Un scénario réel ou paranoïaque suivant le point de vue.
L'artiste se demande comment faire une image à partir de cela.
Dans la salle de la galerie visible depuis la rue, Niek van de Steeg met en œuvre un dispositif plus conforme à celui d'un lieu marchand.
Une salle s'organise autour d'une étagère proposant au visiteur des paquets de café et une machine à café distillant le liquide, telle une fontaine dont les réceptacles se composent de ces fameux tableaux blancs/modules.

vue d'ensemble de la première salle avant mise en route du processus.

Secret de fabrication
Au–delà de la présentation des paquets de café de la marque lyonnaise Massat au packaging très influencé par l'imagerie coloniale, celle de l'exotisme que personnalise une négresse sous les palmiers tenant une énorme fève de café que l'artiste a repris et agrandi sur un tableau noir au mur, que se passe–t–il ici ?
Quel déplacement s'est–il effectué entre la salle obscure du fond de la galerie et celle – ci, lumineuse ?
L'artiste donne–t–il à voir une image plus présentable ?
Apparemment rien de perturbant, la machine à café fait son œuvre, normalement. Des images exposées aux murs sous forme de tableaux : quoi de plus naturel dans une galerie d'art ?
Y a–t–il transformation, mouvement, mis à part ceux du café par la machine ?
Y a–t–il création d'une autre image ?
Ces interrogations sont passées au crible d'une machine à café dont le liquide coule sur les tableaux blancs qui viennent ensuite prendre place sur les murs de la galerie avant la façade de la petite maison de la matière première comme l'annonce sa projection sur tableau noir.

tableau café sec, non fixé 120 x 120cm
Le dessin publicitaire sur le paquet de café, issu d'un certain type d'imagerie, d'une analyse géopolitique, prend alors une dimension anecdotique qui peut se résumer à la conversation de bistrot autour d'un café où l'on reste finalement dans la non action, une action qui n'arrive pas à se concrétiser dans une émeute, une révolte.
S'il y a action ici c'est seulement celle de la machine à café produisant des images abstraites qui deviennent des produits, des produits de contemplation, des images issues de la modernité, mais activées, ici, par quelque chose de très bavard.
Le résultat est très esthétique qui est lié à une histoire de transformation, d'alchimie, de chimie, de physique; mais c'est aussi une résurgence de cette idée de la flaque noire qui apparaît, telle une vanité, celle qui emprisonne chacun dans son propre corps, qui fige chacun dans des structures.

Pour l'artiste se pose la question : Comment, à partir de cet emprisonnement essayer de produire des choses qui ont trait à la liberté alors que le système de l'art, la pratique artistique même tend à tout figer ?
Niek van de Steeg n'a pas de réponse à cela.
Les images réalisées sur ces tableaux sont-elles destinées à disparaître ou à servir à nouveau?
En tout cas elles ne sont pas destinées à être figées dans l'impossible et ne rejouent pas non plus une fiction sortie de l'adolescence qui se complairait dans un scénario catastrophe trop bien huilé, avec une esthétique impeccable bourrée à la testostérone d'effets spéciaux.
Niek van de Steeg esquisse là, dans le passage d'une image d'un paquet de café à celui de l'image laissée par le café sur les tableaux, un questionnement sur le plaisir de « jouir sans entrave ». Les images sublimées, celle du dessin d'une femme sous les palmiers qui montre ses dents et son sexe et celles des traces des humeurs liquides du café, subliminales, tendent à une recherche du plaisir.
[Lise Guéhenneux ©smp|http://www.s-m-p.org/expos_smp/2008/niekvandesteeg/niekvandesteeg.html]
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